25.10.2009
À ceux qui le méritent (Bernar Venet)
"[…] Le marché n'est pas la chose la plus importante pour un artiste ; le marché est juste secondaire. L'activité la plus importante pour un artiste est de créer de l'art. Mais il est vrai qu'aujourd'hui, le monde de l'art est tel qu'il faut vendre ses œuvres. Je dis toujours que l'art ne devrait pas être vendu, il devrait être donné, offert à ceux qui le méritent. Mais hélas, cela ne marche pas ainsi."
(Bernar Venet, interviewé par Marek Claassen, artefacts.net, 3/1/2008)
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05.10.2009
Ne pas vivre mort (Pascal Quignard)
"Écrire des romans ôte les fers. Les romans imaginent une autre vie. Ces images et ces voyages entraînent peu à peu des situations qui, dans la vie de celui qui lit, comme dans la vie de celui qui écrit, émancipent des habitudes de la vie.
*
[…]
*
Écrire déchire la compulsion de répétition du passé dans l'âme.
À quoi sert d'écrire ? À ne pas vivre mort.
*
Le large a inventé une place partout sur cette terre.
Ce sont les livres. La lecture est ce qui élargit."
(Pascal Quignard, La Barque silencieuse. Dernier royaume VI, éd. du Seuil, pp. 97-98)
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26.09.2009
Metz in Japan (Alain Helissen et Jean-Pierre Verheggen)
"Ah ! pas de repos pour la langue !"
(Jean-Pierre Verheggen, "L'oreille écrit…", extrait de La poésie sera faite partouze, sitaudis.com)
Comment ça, vous ne connaissez pas encore Jean-Pierre Verheggen ? Belge poète dynamiteur qui fait des mots un feu d'artifice jubilatoire de sens nouveaux… L'un des meilleurs poètes à ma connaissance, c'est aussi un homme chaleureux.
Par contre je connais moins Alain Helissen, bien que j'en ai entendu parler lorsque j'habitais encore en Moselle. Il est notamment l'auteur de La Narration vous change la vie, paru en 2005 aux éditions Comp'Act à Chambéry. Un livre surprenant où les processus d'écriture se font éléments de fiction, pour des récits à la fois décapants et loufoques.
À deux ils se sont "attaqués" à Metz, une ville qui laisse rarement indifférent : souvent méconnue voire détestée, revendiquée parfois…
Je ne sais pas quel est leur ressenti, sinon à l'évidence le choix de s'en amuser.
La région a malencontreusement été pionnière pour subir des délocalisations (à Fos-sur-Mer d'abord, puis ailleurs)… Metz sera-telle délocalisée au Japon, pays longtemps symbole de la production made in Asia ?
En tout cas le nom "Metz" (qui se prononce mess, comme le mot signifiant "pagaille" en anglais) est ici délocalisé-relocalisé au sein de nombreux mots et expressions, pour de belles trouvailles et révélations…
Quelques extraits plus éloquents que ne pourrait l'être mon paratexte :
"La ville était metzconnaissable
On eut dit une cité metzdiévale
Une metzgalopolis
Un metzing pot indescriptible
Une ville metztraordinaire !"
(p. 14)
"Le metzcontentement
est général"
(p. 31)
"Après toutes ces metzripéties
On va rentrer à la metzon
(on l'a bien metzrité !)"
(p. 88)
"Délocaliser une ville entière, c'est le pari fou, ou plutôt le metz fou, lancé par Alain Hélissen et Jean-Pierre Verheggen, co-auteurs ici de metzfaits que le lecteur voudra bien considérer comme une innocente metztrapolation littéraire. Metz fallait-il le préciser ?" (IV de couverture)
Alain Helissen & Jean-Pierre Verheggen, metz in japan, Elne, Voix éditions, 2005
Disponible pour 15 euros port compris auprès d'Alain Helissen. Renseignements et commande : alain.helissen@tele2.fr
ou Alain Helissen, 53 rue de l'Entente, 57400 Sarrebourg.
Pour le livre d'Alain Helissen, La Narration vous change la vie, Chambéry, Comp'Act, 2005, s'adresser aux éditions L'Act mem à Chambéry, qui détiennent le fonds Comp'Act :
(editions@lactmem.com).
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17.08.2009
Annette Messager et Duchamp (selon Catherine Grenier)
"Plus le désarroi s'impose au monde, plus l'individu est désorienté, plus l'œuvre d'Annette Messager s'affirme, s'enrichit, se complexifie, s'impose. Originairement critique, son œuvre devient violente ; depuis toujours sexuées, ses formes deviennent sexuelles ; léger et sentimental, son ton devint presque grotesque et dramatique. Peu de figures ont su ainsi répondre au monde, en liant le subjectif le plus intime à une présence immédiate au réel et à l'histoire. Durant le XXe siècle, aucune n'a eu en cela la puissance et l'énergie de Picasso. À l'aube d'un XXIe siècle qui cherche ses marques et bute sur son futur, Annette Messager ranime cette énergie et ce potentiel génésique de l'art créateur. Elle qui ne s'est jamais inscrite dans la lignée duchampienne et a toujours revendiqué sa familiarité avec le surréalisme et l'art populaire, elle rejoint aujourd'hui le Picasso qui, du milieu des années 1920 à sa mort a voué son œuvre à une constante réinvention."
(Catherine Grenier, "Annette Messager. La dépouille du Minotaure", La Revanche des émotions. Essai sur l'art contemporain, éd. du Seuil, 2008, p. 81)
Les premières œuvres d'Annette Messager ont eu une influence importante sur mes propres travaux lorsque j'étais aux Beaux-Arts. Mais je n'ai jamais percu d'incompatibilité avec les travaux de Marcel Duchamp, autre influence… (La Mariée mise à nu par ses célibataires, même…).
Il semblerait que les contresens par rapport aux influences soient souvent la brèche qui permet de développer sa propre personnalité…
Pour en savoir plus sur Annette Messager, cf. le Centre Pompidou, et Wikipédia.
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La même chose, toujours (The Rolling Stones vus par François Bon)
"Ils jouent la même chose, toujours : oui. […] Mais c'est notre histoire à nous, et c'est elle que nous leur demandons de nous offrir, encore et encore. Comme de revivre nos propres 17 ans et que nous tous, quel que soit notre âge, avions écouté à ce moment-là les Rolling Stones."
(François Bon, Epok n° 42, du 30 juin au 6 juillet 2006, p. 14)
Personnellement je préfère découvrir de nouvelles choses et n'apprécie que rarement d'écouter des musiques qui renvoient à des périodes antérieures de ma vie. De même, pour la création artistique en général, j'opte franchement pour l'innovation, dans la mesure du possible.
Les courts-circuits temporels me mettent mal à l'aise.
Le point de vue de François Bon est intéressant en ce qu'il propose une explication au fait de faire toujours la "même chose".
À rapprocher de cette citation de Mike Shelley, que j'avais déjà publiée aux tous débuts de Daily Life :
«Faire toujours la même chose, c'est aussi, paradoxalement, progresser : on gagne en assurance», philosophait récemment Pete Shelley des Buzzcocks […]
(Laurence ROMANCE, "Buzzcocks, retour de buzz", Libération, 8 mai 2006)
Voir aussi, dans les commentaires du billet consacré aux Young Gods, les élements apportés à ce débat par H. Incorporated (à propos des Thugs, des Ramones…)
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06.08.2009
Une perte d'identité ?
En fouillant les notes prises alors que j'étudiais en Angleterre, je retrouve cet extrait concernant un livre sur le Body Art : Lea Vergine, Il corpo como linguagio (La Body-Art e storie simili), Milano, Gianpaolo Prearo Editore, 1974.
Je ne sais plus guère comment j'avais procédé pour ces notes, mais en général je prélève des phrases du texte original.
Ma "typographie" d'alors manque de rigueur : pas de majuscules en début de phrase…
"Body art : always involves, a loss of personal identity.
basis of body art : unsatisfied need for love. for what one is and for what one wants to be
"primary love"
aggressivity
the accent is placed on nature
an attempt to eliminate culture
body artists : persons full of apprehension… but also acute observers authentic cruel and painful experiences. "those who are in pain will tell you that they have the right to be taken seriously"
suffering is not transformed into mysticism
once the productive forces of the unconscious have been liberated, what follows is a continuous and hysterical dramatization of the conflicts between desire and defense, license and prohibition… voyeurism and exhibition…
if we were interested in relation to perversion, we could talk about fetishism, transvestism, voyeurism, kleptomania, paidophilia, necrophilia, sado-masochism, rupophobia, scatophagia.
aspects of the work connected to dissociation, melancholy, delirium… persecution manias
an attempt to deal with something repressed
"symptology is always one of the problems of art" (Gilles Deleuze)
the feeling of the "diary" becomes fundamental (souvenir etc…)
one's own body as a love object
Gina Pane : always situations connected to antecedents or memories that are symbolically re-invoked in each of her pieces ; comingclose to the edges of the pathological… finally reaching trauma.
the transvestite. a human being who transcends the limits of his own body and who becomes what he desires to be. and not what his society would force him to be.
the artist[s] shift their problem from the subject to the object
one of the major function of the art illusion is the protective function
Function of catharsis
we can no more be content with the idea that repressed emotions lose their ascendancy upon psychic life once they have found an outlet.
it seems more reasonable to believe the Aristotle's phenomenon of purification allows the self to re-established a control that has been endangered by censured instinctual needs.
double pleasure : — discharge of energy
— reinforcement of control has been in fact accomplished.
The aesthetic situation allows a more intense reaction to many individuals."
(Lea Vergine, Il corpo como linguagio (La Body-Art e storie simili), Milano, Gianpaolo Prearo Editore, 1974)
La question de la perte d'identité personnelle, en lien avec, dans le contexte d'une pratique artistique, me semble très intéressante.
Mon expérience n'est pas celle d'un body-artist, mais j'ai souvent ce sentiment de mise en danger identitaire, due peut être à la surexploitation des questionnements, à l'élaboration pour la communication avec autrui, à la nécessaire exhibition / exposition de soi.
Sur le Body Art, cf. ici.
Voir aussi une courte biographie de Lea Vergine, ici (en italien, mais on comprend presque tout).
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31.07.2009
Collage de morts (Christian Boltanski)
"Oui... Je vais encore vous dire quelque chose qui peut paraître absurde. Notre visage n'est fait que de morts : le nez de votre arrière-grand-père, les yeux d'une aïeule dont vous ne connaissez pas le nom, et ainsi de suite. Les physionomies sont faites de collages de morts qui vivent en nous. Et notre esprit ? N'est-il pas un collage des esprits des morts ?"
(Christian Boltanski : "Je joue une partie contre le diable", propos recueillis par Philippe Dagen, Le Monde, 30/07/09)
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30.07.2009
La vie comme collage (Rolf Dieter Brinkmann)
"Merke : du kannst zwar kontrollieren, was du in deine Lebenscollage hineintust, aber du weißt nicht genau, was dabei herauskommt."
(Rolf Dieter Brinkmann, cité par Yves Rosset, "Projet", www.fems.ch, consulté le 30/07/09)
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27.07.2009
English on tiptoe
En déblayant les innombrables spams qui encombrent ma boîte à mails, trouvé une expression croquignolette :
"toe-curled orgasm" !
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24.07.2009
Dragons…
Pensé, à propos de dragons, à cette phrase qui apparaît dans le film de Jean-Luc Godard, Allemagne année 90 neuf zéro (1991) : alle Drachen unseres Lebens… Sa puissance énigmatique m'est restée en mémoire.
Apparemment il s'agirait d'une citation de Rainer Maria Rilke : Vielleicht sind alle Drachen unseres Lebens die Prinzessinen, die nur darauf warten uns schön und mutig zu sehen.
En savez-vous plus ?
11:36 Publié dans au fil des lectures | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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